J’ai testé la méditation Vipassana


 

J’aurai dû revenir dans une semaine. Finalement, j’ai mis fin à ma période de méditation de dix jours, au bout de trois. Au bout du rouleau aussi. J’ai voulu prendre des notes un million de fois pendant ces 72h, pour me souvenir de tout, et pouvoir te le raconter. Malheureusement, interdiction formelle de prendre des notes, lire, ou d’avoir son téléphone portable. Tout est mis sous clef à notre arrivée. Je vais quand même essayer de te raconter un peu, de te décrire cette aventure à la rencontre (furtive) de Vipassana.

 

SPOILER ALERT : C’est long. Alors je te mets le résumé final au début (ouais, c’est logique). NDLR : Je mets quand même un autre bilan à la fin, pour t’obliger à lire, technique de siou.

WARNING : Pour les personnes qui connaissent et/ou pratiquent la méditation, Vipassana ou non, j’ai opté pour un ton décalé volontairement, tout n’est pas à prendre au premier degré.

 

Alors alors, c’était comment cette expérience ?

Physiquement, c’est éprouvant. Tu n’imagines pas à quel point c’est dur de rester assis 12 heures par jour jusqu’à Vipassana. Mon dos me faisait mal de la première à la dernière vertèbre et ma tête pesait une tonne. Emotionnellement c’est encore pire. J’ai découvert les montagnes russes des émotions. Des plus agréables aux plus dégueulasses. J’ai eu des moments ou j’ai planné comme si j’étais sous héroïne. J’ai chialé aussi. Comme une môme. Longtemps.

Passer des journées chargées (17h de concentration) dans un espace cloisonné avec pour seul divertissement le son des couverts au moment des repas, c’est un peu comme prendre 10 ans de tole. Ouais voilà, j’étais en prison. On avait même le moment prévu pour la balade, quand tout le monde marchait à la file en regardant ses pieds. Bizarre comme sentiment.

Pourtant, quand je pense à cette brève expérience, ce sont des sentiments positifs que je ressens. Comme si ces 72h m’avaient fait prendre conscience de choses que je savais deja. Comme si elles m’avaient donné le goût de creuser un peu plus à la recherche de la pleine conscience, à defaut de m’y avoir ammenée. Je n’ai aucun regret d’avoir tenté l’expérience, même si je n’etais pas prête.

 

 

Mes craintes initiales ont été le cadet de mes soucis
Avant j’avais peur de :

– Voir des araignées et ne pas pouvoir les écraser : finalement, elles ne m’ont pas tellement dérangée.
– Ne pas avoir mon téléphone portable : On peut donc s’endormir sans verifier son Instagram, good to know.
– Avoir faim : Les repas végétariens étaient bons et j’ai découvert des gouts nouveaux #obsessiondelabouffe

Après coup, le plus dur ça a été :

– Ne pas interagir physiquement avec les gens : Pas de regards, pas de sourires…c’est genant.
– Affronter tous les souvenirs : Même les moins sympas… dur.
– Me concentrer : Méditer ce n’est pas donné à monsieur et madame tout le monde.


Et au fait, ne pas parler, c’est dur non ?
Ouaip, mais pas tellement. Je ne te cache pas qu’à plusieurs moments j’ai eu envie de me lever pendant la méditation et me barrer en chantant « au revoir president au revoir president » parce que je devenais timbrée. Mais finalement, ça fait du bien de jouer au roi du silence. Dans l’absolu dans la journée quand Romain travaille, je ne parle pas, c’était un peu pareil. A la différence près que je me parlais beaucoup dans ma tête. Ca donne l’impression d’être en route pour la camisole blanche.

 



(Clique sur chaque journée pour le déroulé complet)

JOUR 1. ARRIVEE AU CENTRE

En bonne voyageuse fauchée, j’avais opté pour le covoiturage, moins cher que le bus pour me rendre à Kaukapakapa, à environ une heure au nord d’Auckland. Antoinette est donc devenue ma collègue de route. On a eu le temps de partager nos craintes, nos motivations, et pas mal d’histoires de voyages, puisqu’elle rentre tout juste de 5 ans de vadrouille. La route pour accéder au centre est facile. Les derniers kilomètres se font sur une route entourée de paysages sortis de films d’elf et de lutins, avec de la verdure plus verte que verte, des ruisseaux incroyablement beaux et une nature plus luxuriante que jamais.

 

On arrive, on décharge, on s’installe.

Et là, je découvre un monde. Celui des gens spirituels. Et devine quoi ? Ca ne repond pas que aux clichés. Alors oui, les deux premiers élèves que je croise sont habillés en mode tam-tam sarouel et pétards : des beaux pantalons taillés à la cerpe, multi colors, assortis au gilet à capuche pointue. Des vrais baba cool revenus d’un festival de musique alternative. J’ai un sourire que je n’arrive pas à retenir. Et puis il y a aussi des gens que je n’imaginais pas croiser ici : de la nana hyper coquette au couple asiatique avec plus lourd de valises que le poids de leurs deux corps cumulés. Ok, c’est éccléctique. J’aime ça.

A peine arrivés, on fait la file devant un petit bureau. Les admissions je suppose. La dame qui nous accueille n’est franchement pas aimable. Froide. Sèche. Pas de bol c’est notre manager. Youpi. On doit déposer toutes nos affaires personnelles et interdites (crayons, livres, téléphones, musique etc) dans un sac en tissu qui sera mis sous clef. J’ai l’impression d’être à poil quand je donne mon téléphone. Ensuite, une fois débarassés des objects de distraction, on se voit attribuer nos numeros de chambre, enfin ! La chambre 13 ? Sérieusement les gars ? Dites-moi que je vais cohabiter avec un chat noir sous une échelle aussi ? Je positive, certains y voient de la chance, chambre 13 me voilà !

 

Bienvenue à la maison. 

Alors bon, quand je dis chambre, je devrais dire clapier. Ou cellule. Un mètre cinquante sur deux ou trois. Un lit, de quoi passer à côté, et ironie du sort, un bureau. Sans pouvoir écrire ou lire, c’est plutot cocasse. Ca sent le vinaigre, ménage bio/eco-friendly de la nature oblige. Yum yum. Au dessus du lit, sur la fenêtre tout en hauteur, une magnifique toile d’araignée. Ca va bien se passer.

 

Bonjour, tu viens d’ou ? 

On a encore le droit de parler et de sociabiliser, alors on parle. Des vrais moulins à paroles sur pattes. Uniquement entre nanas, puisque la séparation des genres a déjà été faite, chacun chez soi ! C’est marrant de voir d’où viennent les gens, et pourquoi ils ont choisi de vivre cette expérience. On rigole, pour faire retomber la pression grandissante j’imagine. Apres une bonne demie-heure, une des élèves avec qui j’ai sympatisé me fait remarquer que je rapporte tout à la bouffe. Oups, je suis grillée. J’ai peur d’avoir faim, c’est dingue.

 

Méditation: round 1.

Le gong retentit, c’est l’heure. On sait qu’une fois qu’on aura passé la porte de la salle de méditation, on devra observer le silence complet impliquant la parole et la communication non verbale. Je sens la pression qui monte, mais qu’est ce que je fous la… On a encore le droit de parler, mais tout le monde se met dans sa bulle. La porte s’ouvre, c’est parti. La salle est assez grande, scindée en deux parties: les hommes à gauche, les femmes à droites. Aux vues du nombre de coussins au sol, les hommes sont en minorité. On ne choisit pas nos places, elles nous ont été attribuées. Je suis tout au fond, près de la porte. Avec les vieilles et les blessées de guerre. Les cassées du dos quoi. Grâce à ma chute dans les escaliers l’année dernière, j’ai droit à un support en bois pour mon dos, trop d’bol.

On s’installe, comme on peut, sur ces coussins pas si épais que ça. Je me demande combien de temps je vais tenir avant de douiller du dos. La lumière se tamise, et un homme arrive à l’avant de la salle. Il grimpe sur une estrade, s’installe sur un tas de coussins. Il se couvre avec le plaid, et là j’attends. Je sais que ce n’est pas un show de Jean-Michel Jarre, mais bon, je m’attends au moins à ce qu’il parle. Non ? Rien ? Ok. Il finit par lancer une piste audio depuis son ordi. Ca fera l’affaire.

 

Moment de solitude. 

Ca, je ne l’avais pas vu venir. La voix qui sort des enceintes est celle de Goenka, maître de la technique Vipassana. Il chante. Quoi, je ne sais pas. Mais comment… ça me fait immédiatement penser à la voix de Jean Dujardin, bourré, en sortie de boite a 4h du matin essayant de m’expliquer la théorie de la relativité. Deuxième fois que je me demande ce que diable je fais ici. J’ouvre un oeil, tout le monde est hyper concentré. Bon ok, je m’y remets. Goenka a dit, concentre-toi sur le souffle qui rentre dans ton nez, juste en observant tes narines. J’éssaie. Et puis je pense à un tableau de Picasso. Zut je n’ai pas arreté l’abonnement à la salle de sport. Est-ce que Romain a bien trouvé la voiture ou je l’ai laissée ? Mes narines m*rdes, penser à mes narines. C’était cool l’époque de la maternelle. Je mangerai bien un fruit la. Les narines Lily, les narines. OK j’ai l’attention d’un poisson rouge narcoleptique en fin de vie chez Jardiland, ça va être compliqué.

 

L’enfer c’est les autres. 

Ca, mon cher Jean-Paul, j’en ai pris pleinement conscience à ce moment-là. A ma gauche, mesdames et messieurs, chez les hommes, le roi des bidochons avec un gros rhume et un manque évident de savoir vivre. Grattage de bidoche à faire trembler les vitres, baillements aux corneilles comme s’il revenait d’une nuit blanche de travail, et surtout, le raclage de nez. De l’entrée du pif aux poumons, on racle tout, on process en bouche, et on ravale en le laissant savoir à toute l’assemblée. Tout ça environ toutes les 2-3 minutes. Rigolo la premiere fois quand ça interrompt le silence, puis rapidement, envie de le frapper avec mon coussin de méditation pour lui apprendre les bonnes manières. Non Lily, on se concentre.

A ma droite, mesdames et messieurs, juste à ma droite, une femme enceinte jusqu’aux yeux. C’est beau la nature, la vie à naitre, tout ça… Sauf que maman en devenir a un rhume carabiné et les narines non accessibles pour cause d’obstruction majeure. Elle respire comme si elle allait mettre bas dans la minute. Fort. Très fort. Vas-y pour te concentrer sur ton propre souffle quand tu as la climatisation de l’aéroport d’Orly en marche à 50cm de toi…

 

Bonne nuit les petits. 

Premier dodo, je suis rincée. Je m’enfouis dans le sac de couchage, mais le sommeil ne vient pas. Quand il finit par pointer le bout de sa truffe, c’est en compagnie de rêves plus bizarres et tordus les uns que les autres. La nuit est courte et pénible.

 
JOUR 2. JOURNEE COMPLETE AU CENTRE
Réveil. 

La montre sonne à 4h, je suis cassée, mais motivée. Je me leve, direction la salle de bain pour commencer la journee fraiche et dynamique. En arrivant aux lavabos, je croise une étudiante, un petit bout de nana, je dirai Indienne. Belle comme tout. Elle me regarde, me sourit et me lance un grand « Good morn… » avant de realiser qu’elle vient de briser le voeu de silence. J’ai envie d’éclater de rire tellement la situation et sa face sont improbables. J’enfile mon masque de méditante parfaite et trace mon chemin comme si de rien était, avec un énorme sourire en dedans. Le temps de me débarbouiller, m’habiller, et me voilà au hall de méditation dans un silence incroyable. Même les oiseaux pieutent encore.

 

Méditation #1. 

Tout le monde est la. Le charme des premiers jours et l’assiduité des bons élèves. J’éssaie de me concentrer. On a encore la piste audio du chant. C’est vraiment étrange ce truc. Ma voisine a toujours un gros ventre, donc j’en déduis qu’elle n’a pas accouché apres la seance d’hier. Par contre elle continue à hyperventiler dans mes oreilles. Je me fourre des petits bouts de mouchoirs en guise de boules-quies en esperant que ça fera la job. Que dal. Quand ce n’est pas à droite, c’est à gauche, avec mon bidochon bailleur. J’ai vraiment du mal à me concentrer, mais j’éssaie.

 

Petit-déjeuner. 

Le gong retentit, c’est synonyme de petit-déjeuner. Personne ne se fait prier, on file vers la salle des repas. Rien de super sexy, mais c’est assez complet avec des fruits et du porridge. On descend rapidement notre petit-déj, puis retour en méditation.

 

Méditation #2. 

Celle-ci peut être faite dans notre chambre ou dans le hall commun. J’opte pour le hall, histoire de ne pas être tentée de me recoucher. Ma voisine enceinte jusqu’aux yeux n’est pas la, YES ! Je me concentre davantage, mais mon esprit part en queue de cerise. Je visite la maison dans laquelle j’ai grandi cette fois. N’importe quoi. Et puis j’y refais la deco, intégrale. Je souris, c’est improbable comme c’est limpide dans ma tête. Alors que je n’y ai pas remis les pieds depuis des années. Tellement de souvenirs et de pensées s’enchainent, sans queue ni tête. J’arrive à ramener mon esprit vagabond de temps en temps, pour les exercices sur la respiration. Mais je lutte, il ne coopère pas.

 

Lunch. 

La bouffe, c’est sacré. Je me dépeche de rejoindre le refectoire. Je déchante quand je me souviens aux vues des plats, que c’est végétarien de A à Z. Pas forcement ma tasse de thé, mais les salades sont appétissantes. On a droit à un break de 30 minutes pour nous, j’opte pour une sieste. Les autres étudiants, pour la majorité, marchent, tête baissée, veillant à ne croiser aucun regard. On croirait les marches forcées dans les prisons. Sauf qu’au lieu de la combinaison orange, c’est sarouel en coton multicolor, doudounes superposées aux pulls XXL et chaussettes dans les tongs. Le style, rendu la, on s’en fout.

 

Méditation #3. 

Je crois que 4h de méditation d’affilée, cest trop pour moi. Cette fois-ci pas de souvenirs sympas. Non, juste 4h passées à revivre des conflits ou des souvenirs de décéptions ou désillusions. J’aurai préféré penser à mes narines, crois-moi. J’attends presque que Léon bidochon à gauche gargarise, histoire que ça mettre un terme au flot de pensées qui noient mon cerveau. Au lieu de ça, il pète. Je ris. En dedans. Mais super fort. Ca rend un peu con-con de passer des heures à observer ses narines je crois. Personne d’autre ne rit. Bon, ça ME rend con-con. Je commence à m’énerver moi-même : pourquoi tout le monde a l’air si concentré, et moi je n’arrive pas à garder mon esprit calme plus de 2 secondes d’affilée ? Je m’impatiente. On entend le gong, il était temps.

 

Un thé, et on repart.

 

Méditation #4. 

Je ne ris plus. J’ai mal aux cuisses à force d’être assise en tailleur. J’ai l’impression d’être ici depuis des mois. Mais qu’est ce que je fais ici. Impossible de me concentrer. Ca part en sucette à chaque fois que je ferme les yeux. Je deviens dingue à force de ‘penser à mes narines’. Encore 2 heures et je peux te les modeler pour une expo au Louvre. Je peux presque te dire combien j’ai de poils dans le nez. J’ai la chanson de la kékette qui colle dans la tête. Mon esprit est vraiment vicieux en plus de ne pas être discipliné.

 

Discours #1. 

J’ai la chance de pouvoir l’écouter en Français. L’anglais ne pose pas de problèmes de compréhension, mais pour ce type de discours, je veux être sure de capter toutes les subtilités. Le discours est tres clair. L’homme nous explique ce que l’on a vécu, traversé, ressenti pendant cette journée. C’est flippant tellement c’est vrai. Ca me rassure, il dit que demain je maitriserai mieux mon esprit. Le maitriser dejà tout court me plairait bien, en fait.

 

Méditation #5. 

Elle va accoucher. Je vous le dis, dans une heure on appelle les pompiers. C’est un cours de respiration pré-natale c’est pas possible, on m’aurait menti ? J’abandonne, mon esprit ne veut rien savoir. J’attends les yeux ouverts que la séance se termine. J’éssaie de compter combien d’heures ça fait, 10 jours. J’ai tellement la tête en compote que je finis par penser à Intervilles. C’etait bien Intervilles. Shananananah shananah…sha…M*rde mon esprit s’égare encore. Désolée la vachette, le taureau piscine et Nathalie Simon, là il faut que je me concentre.

 

Dodo. 

Je me couche avec l’appréhension du retour des reves de la veille. J’essaie de penser à des choses positives. Mon binome de vie me manque.

 
JOUR 3. LA JOURNEE DE TROP
Réveil. 

La montre sonne à 4h. Je suis tellement fatiguée que mes yeux me font mal. Me rafraichir ou dormir 20 minutes de plus ? Tant pis pour la creme Yves Rocher, ce matin je dors. Je me traine jusqu’au hall de méditation. A priori, la discipline de la veille a pris du plomb dans l’aile, le hall est à moitié vide. Soit ils méditent dans leurs chambres, soit ils pioncent.

 

Méditation #1. 

Future maman n’est pas de la partie. Bidochon oui. A en croire l’intervale entre chaque baillement qui réduit comme peau de chagrin, il est fatigué aussi. Je plains son voisin direct, qui reste impassible. Respect p’tit gars. Je m’endors. Je me réveille quand je manque de tomber sur le coté. C’est moche à voir. Apres une heure de méditation peu productive disons-le, je me résigne à aller me coucher pour la dernière heure.

 

Petit-déjeuner. 

Le gong retentit mais moi je ne me réveille pas. Dans un gros sursaut j’ouvre les yeux 10 minutes avant que le petit-déjeuner ne se termine. Instinct de survie de la nana qui compte 2 repas végétariens par jour, je sors les cheveux en pétard et la trace de l’oreiller sur la face. J’ai failli louper le petit-déjeuner osti.

 

Méditation #2. 

Encore la piste audio avec la voix bourrée à 3h du mat. Encore la même consigne, se concentrer sur les narines. Je crois qu’on entend la même piste audio depuis le début en fait ? J’ai fait le tour de mes narines, elles ne veulent pas coopérer avec mon esprit, est-ce qu’on peut passer à une autre partie du corps ? Non ? Bon. Je me concentre. J’éssaie. Je commence à réfléchir aux amuses-bouches pour le vin d’honneur de mon futur mariage. Ouais, je sais, je n’ai pas prévu de me marier, mais mon esprit lui a bien envie de s’éclater sur du wedding planning. Rassure-toi, j’ai aussi prévu le tiens. Je me demande s’ils n’ont pas mis de l’opium dans mon porridge vegan la. C’est louche.

Encore des pensées dures qui reviennent du passé. Les narines, les narines. Je ne sais plus trop quand ni comment, mais j’arrive enfin à vider mon esprit. On est loin des 5, 10 ou 15 minutes dont parle le ‘teacher’, moi c’est plutot du 2 ou 3 secondes. C’est suffisant pour que je réalise ce qui se passe et percoive cette sensation indescriptible. Je ne sais pas comment j’ai fait ça.

 

Lunch. 

Même pas faim. Je commence à devenir zinzin. Ou je fais une indigestion de méditation ?

 

Méditation #3. 

J’ai mal au dos. J’ai mal à la tête. Je m’agace de ne pas y arriver. C’est pénible. Je me sens nulle. Tout le monde a l’air tellement concentré. Méditer, dormir, méditer, méditer encore, manger, méditer… J’ai cette vidéo débile qui fait des aller-retours dans ma tête :

Un thé, et on repart. 

Moi j’ai envie de repartir tout court.

 

Méditation #4. 

OK, c’est une blague. Maintenant, future maman chat fait son nid. Elle empile des coussins dans tous les sens et tourne sur elle-même pour les repositionner toutes les 4 minutes. Si elle tombe à la renverse comme une tortue, je ne la relève pas je previens. Je me fais violence pour me mettre dans une bulle loin de la soufflerie géante. Quand j’ouvre les yeux, elle est installée toutes jambes écartées, sur une pile de coussins qui envahissent ma bulle. Je craque. Je n’arrive pas à méditer, pas seulement à cause de l’environnement peu propice, mais aussi et surtout parce que mon esprit part dans tous les sens. Ca fait trois jours, ça devrait marcher là non ? Mais qu’est ce que je fais là…

 

Discours #2. 

J’attends le discours avec impatience. Et puis je déchante. On va passer à l’étape suivante, dès ce soir. Mais moi je ne maitrise pas du tout la numéro 1…est-ce que je suis normale ? Pourquoi je n’y arrive pas ? Comment je fais si je ne suis pas cablée pour méditer ? Pourquoi il n’en parle pas ? Et puis il enchaine sur les préceptes et fondements de Vipassana. Je me crispe. Le ton devient presque religieux, malgré les inombrables rappels pour qu’on sache bien que ‘ce n’est une secte’. On nous parle de vérité absolue, d’ignorance, de maitres… ceux qui ne parviennent pas à trouver la vérité ultime sont donc des êtres ignorants ? Ceux qui mangent de la viande (et donc tuent un animal pour se faire, ou cautionnent sa mort) mettent à mal le fondement de Vipassana car ils ne respectent pas les principes de base. Je ne sais pas si c’est parce que je suis fatiguée moralement, mais je percois du jugement qui ne me plait pas.

 

Méditation #5. 

Je n’ai pas envie d’assister à la méditation obligatoire du soir. Je vais dans ma chambre. A peine 5 minutes plus tard on toque à ma porte, c’est la manager, celle que je ne trouve pas tres empathique. Elle me dit que je dois aller méditer, je n’ai pas le choix. Je lui explique j’ai envie de partir. A priori pas de départ sans en parler au ‘teacher’, le monsieur assis sur la pile de coussins blancs en hauteur. Soite. Si ça peut mettre fin à cette torture mentale. J’attends la fin de la méditation du soir, et je vais le voir.

Je m’attends à lui parler en tête-à-tête, mais quand j’arrive, la scène est un peu étrange. Les bénévoles, qu’on appelle des servants, sont assis autour de lui, en pleine méditation. C’est aussi une séance ‘publique’: d’autres élèves attendent pour des questions. Ca me met tres mal à l’aise. Quand arrive mon tour, je lui explique que je n’y arrive pas, que ce n’est pas pour moi, que j’aimerai rentrer chez moi. Il sourit. Me dit que c’est normal, que ça ira mieux. Je lui répète que je voudrais rentrer. A ce moment-là je ne cherche pas à ce qu’on me dise que c’est la réalité telle qu’elle est et que je dois en être heureuse. A force de voir qu’il n’entend pas, je préfere sourire et lui souhaiter bonne nuit.

J’attends la manager devant sa chambre. Elle finit par arriver deux heures plus tard. Juste le temps de me faire dévorer par les moustiques, ravis de savoir qu’on a interdiction de les tuer. Quand elle arrive je lui demande à passer un coup de fil, pour prevenir Romain. Elle me dit d’attendre le lendemain, sans trop me laisser de choix. Je dois insister à plusieurs reprises. J’appelle enfin Romain. Il passera me chercher le lendemain.

 

Dodo. 

Je me couche avec un étrange sentiment. Est-ce que je viens vraiment d’abandonner ? Est-ce que ça aurait pu s’ameliorer ? Si je suis un peu honnête avec moi-même, je sais que j’ai fait ce qu’il fallait, pour moi, à ce moment-là.



 
 

Alors, Vipassana, j’en garderai quoi ?

Ces 3 jours ont été un sacré mélange de sentiments et sensations. De prises de conscience. De baffes émotionnelles. Ca m’a secouée, violentée et par moment blessée. Ca m’a aussi fait rire en dedans, sourire en dehors. J’ai planné pendant deux ou trois courtes poignées de secondes. Sans savoir pourquoi.

Passer autant de temps les yeux fermés, immobile, forcée de me concentrer sur ma respiration tout en essayant de dompter un esprit fugace et clairement désobéissant, c’est épuisant. Moralement épuisant. Surtout quand tu n’y arrives pas, là ça devient épuisant et énervant, frustrant.

Je pense que c’était trop. Trop tot. Trop. Trop de règles (le silence total, absence d’interactions, nombre d’heures de méditation élevé) et pas assez d’accompagnement. Un guide audio comme seul appui pour gérer un flot d’émotions pareil, c’est léger. Le professeur lui me donnait l’impression d’étouffer mes craintes et me difficultés avec un sourire et un ‘tout va bien aller’. Pas exactement ce dont j’avais besoin à ce moment-là.

 

 

Fin du process de méditation ?

J’ai été surprise d’avoir envie de tout arrêter aussi tôt. Un peu déçue aussi, de moi, de mes capacités de concentration. Un peu triste d’avoir l’impression qu’on me faisait culpabiliser de mon départ, comme si j’avais échoué. Dans le fond, je sais que 10 jours au lieu de 3 jours n’auraient rien changé: ce n’était pas la bonne méthode, pas le bon moment. Je suis forcément partie avec la question du fameux ‘et si’ : et si j’étais restée 10 jours, est-ce que je l’aurai trouvée la fameuse vérité absolue? Et s’ils avaient accepté de me changer de place, est-ce que j’aurai réussi à me concentrer ? Si je ne peux pas répondre à ces questions cette fois-ci, j’ai repondu d’avance à la question que je me serai posée si je ne m’étais pas donnée la chance d’essayer. Maintenant je sais, j’ai tenté l’expérience.

Si ce n’est pas une réussite grandiose, je ne le vis pas comme un échec, mais plutot comme une belle initiation à la méditation. Il existe une multitude de techniques pour méditer et appréhender son esprit, j’ai le goût d’en découvrir une autre. Et puis une autre. Jusqu’à trouver la bonne. Cher coussin de méditation, c’est un au revoir bref, mais pas un adieu. Tu vas le revoir mon popotin engourdi. Promis.

 
 
 

Le bonus des plus assidus

Si tu as tout lu, tu as droit à un bonus, la découverte du chant matinal qui m’a tellement volé mon serieux…

 

 


 

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2 Commentaires sur "J’ai testé la méditation Vipassana"

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Sacrée expérience sans doute difficile mais enrichissante. J’espère que tu auras d’autres expériences plus profondes et concluantes.

Merci pour ton retour d’expérience. Et oui, se retrouver n’est pas si aisé et ca demande du temps et surtout d’être plus sympa avec soi-même. J’adore toujours autant te lire ?

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