On est partis à l’assaut du Tongariro : mission Mordor.

 

Aaah le Tongariro ! Certainement la destination « alpine » la plus visitée de l’île du Nord. Et pour cause : le Tongariro National Park a servi de lieux de tournage à Peter Jackson pour sa trilogie du Seigneur des Anneaux. C’est bien simple : tu vois le Mordor dans les films ? Cette terre sombre, pelée et désertique abritant les hordes de Sauron ? Eh bien tout a été filmé au Tongariro National Park, sans trucage (enfin presque) ! On y retrouve même la fameuse Montagne du Destin (ou Mt Doom pour les plus anglophones d’entre-vous), qui n’est autre que le Mt Ngauruhoe dans la vraie vie.

 
 

C’est quoi ? C’est où ? C’est comment ?
Un parc, trois volcans

Le parc abrite trois volcans toujours en activité : le Tongariro (1967m), le Ngauruhoe (2287m) et le Ruapehu (2797m). Ces trois sommets ont façonné les paysages à coups d’éruptions violentes depuis la nuit des temps, offrant aux randonneurs un spectacle visuel étonnant et atypique. Des plaines de roches noires et rouges cohabitent avec des lacs aux couleurs turquoises et autres échappées de gaz tout droit sorties des entrailles de la terre. Le décor est tour à tour lunaire, martien et apocalyptique. Tout cela contraste tellement avec toute la végétation et les océans que nous avons vus jusqu’à présent !

 

Randonner 1 journée ou 4 jours ?

Il est possible d’effectuer une randonnée d’une journée à travers le parc : le Tongariro Alpine Crossing. Cette randonnée de 7/8 heures (19km quand même) offre un très bon condensé de la plupart des must-see dans le parc : Le Mt Doom, le South Crater et le Red Crater, les Emerald Lakes et le Blue Lake. Mais alors cher lecteur/trice, tu dois te demander « Pourquoi vous embêter à faire 4 jours de randonnée plutôt que le Tongariro Alpine Crossing en une journée ? » Eh bien pour une multitude de raisons, plus ou moins objectives :

• Le Tongariro Alpine Crossing est une randonnée très (trop) populaire : plusieurs centaines de personnes l’empruntent chaque jour durant l’été. Par beau temps, c’est une véritable chenille humaine  qui se dessine le long du chemin. Trop d’agitation, trop de perches à selfie, trop de gens inexpérimentés/peu respectueux. Merci mais non merci, très peu pour nous. #a,a,a,alaqueueleuleu

• Il faut débourser 30$/pers. pour une navette qui t’emmène de la fin du Crossing jusqu’à ta voiture, au départ. Le Tongariro Northern Circuit quant à lui est une boucle de 4 jours, donc pas de souci de navette ! #pasdethunes

• On aime les défis ! Pourquoi faire une journée de rando alors qu’on pourrait souffrir 4 jours, chargés comme des mulets, à dormir dans une tente en plein vent, sans certitude d’une belle météo ? Hein ? Avoue que c’est pas mal tentant… #bonjourlescourbatures

• Lily se devait de battre son record de 2 jours de rando d’affilée. #missionaccomplie

• Le Tongariro Northern Circuit fait partie des 9 Great Walks de Nouvelle-Zélande . Lily m’avait dit avant d’arriver : « Je veux faire les 9 Great Walks, je n’ai pas eu la chance de les faire la première fois alors c’est mon challenge ! ». Aucun problème, let’s do it! (Il s’avère au final qu’on ne fera pas les 9 GW car c’est un gouffre financier, mais ça c’est une autre histoire !)

 


NOTRE FICHE PRATIQUE RANDO : C’EST ICI !


 
 

La randonnée comme si tu y étais

On a décidé de te raconter nos quatre jours en parallèle, car on n’a pas forcément vécu et ressenti la même chose au même moment durant cette rando. Tu auras donc deux versions pour chaque jour : Romain et Lily.  Prépare le thé et les pépitos, c’est long.

 

JOUR 1

ROMAIN : Arrivés à Whakapapa Village à 9h30. Il fait 11°. Le ciel est très couvert et les nuages sont bas. Lily ne les sent vraiment pas ces quatre jours. On fait un dernier saut au Visitor Centre au cas où ils nous disent : « Grande nouvelle ! Le ciel va complètement se dégager pour les quatre prochains jours ! » C’est pas le cas. Toujours plein de pluie et de nuages annoncés. Lily est au fond du gouffre.

Le premier jour est assez linéaire, pas de gros dénivelés, parfait pour nous mettre en jambes avec le gros sac sur le dos. On marche sans trop s’arrêter, les paysages sont dépouillés de toute végétation de plus de 30cm de haut. C’est assez particulier. Le vent souffle et la pluie arrive. L’avantage de la faire dans le sens anti-horaire, c’est qu’on n’est pas trop suivis par d’autres randonneurs vu que le DOC recommande de faire la rando dans le sens horaire. Tant mieux !

Après quelques heures on arrive enfin à la Waihohonu hut hyper moderne et accueillante, tout heureux de nous abriter un peu. Enfin histoire de boire un coup quoi, parce que nous on dort en tente, 100m plus bas au bord du torrent… Le soir, le gardien Mikey nous fait à tous un brief sur les mesures de sécurité en cas de tremblements de terre ou d’éruptions dans le parc (normal quoi). En gros, retenez juste que s’il y a une éruption dans le parc, ça ne sert à rien de courir, on mourra tous engloutis par la lave qui peut aller jusqu’à 100km/h… Aller bonne nuit !

LILY : Bon. C’est parti. Il fait moche. Le ciel est tellement nuageux qu’on a l’impression d’être en fin de journée à 10h du matin. Si on n’avait pas payé nos nuitées, j’aurais été tentée de dire « borf, on le fera au retour ». Ok, j’avoue, je plaide coupable… le temps m’inquiète moins que l’idée de porter mon sac pendant 4 jours et dormir façon Koh Lanta. Quelle idée de balancer toute fière que je voulais faire « toutes les great walks de Nouvelle-Zélande». J’ai fait deux randos dans les Pyrénées et je me suis sentie pousser des ailes façon Mike Horn. Malin.

La première journée s’est faite assez facilement finalement : le sentier est facile, et le dos pas (encore) meurtri par le poids du sac. Le paysage quant à lui est incroyablement hostile. Pas de buissons à plus de 50 cm (pratique quand t’es une nana et que dame nature a décidé de jeter son dévolu sur toi), et pas vraiment de reliefs, ou en tous cas cachés derrière les nuages… On n’entend pas d’oiseaux non plus, et c’est assez rare ici. C’est un sentiment étrange qu’on ressent en marchant au milieu de ce parc lunaire. On commence à comprendre pourquoi les Maoris le perçoivent comme l’endroit d’où les esprits partent pour l’au-delà.

En fin de journée on se ramasse la pluie : c’est rigolo au moment de bâcher son sac et sortir le kaway (#danyboon), j’ai l’impression d’être une aventurière ! Après une heure de marche comme ça, j’ai surtout l’impression d’être un caniche à mémère qu’on a oublié au parc un jour d’automne. C’est quand qu’on arrive ?

 
 

JOUR 2

ROMAIN : On savait que le jour 2 on avait seulement 3h de rando, alors on y est allés cool, et on a bien fait. Après un réveil à 7h, un petit dej’ poussif (on était les derniers comme d’hab’) et une longue discussion avec Mikey sur l’impact du « néo-tourisme » en NZ, on part enfin. Ostie mon sac est toujours aussi lourd aujourd’hui ! Pourtant j’ai essayé de manger un max de choses hier soir et ce matin, histoire de m’alléger… Je soupçonne Lily d’avoir mis quelques-unes de ses affaires dans mon sac…

On avance sous un ciel nuageux mais moins épais que le jour précédent. Après 30 minutes, on attaque enfin la partie vraiment volcanique du parc. Ah ! Le Mt Doom à l’horizon avec son sommet enneigé ! Argh trop tard un nuage s’est remis devant. Et re-voilà la pluie ! Puis du soleil bien vif qui te brûle la nuque.
C’est de plus en plus beau autour, surtout que le soleil a l’air de résister pour notre dernière heure de marche. Arrivée à la Oturere hut sur les coups de 13h. Le paysage qui s’offre à nous est magnifique : nous sommes au pied du Mt Ngauruhoe (Mt Doom), et il est dégagé ! L’endroit est splendide, malgré le vent constant.

Pas fatigué de notre marche du jour, je décide de partir courir une petite heure, en direction des superbes Emerald lakes, attractions principales de notre jour 3. Il est 17h30 quand je pars, le soleil plus rasant transforme les paysages en carte postale. C’est assez fou et jouissif de réaliser que je cours dans un décor aussi atypique, sans jamais croiser personne. Je slalome entre les roches volcaniques géantes, je traverse le désert Rangipo, somptueux sous cette lumière dorée, et finis par une ascension bien raide le long de la Dragon’s tail, une crête qui zig-zag jusqu’au premier lac. Arrivé en haut, fier de moi mais crevé, il est temps de faire demi-tour car demain nous attend la plus belle journée du parcours (enfin s’il ne pleut pas…).

LILY : Première nuit en tente, sous la pluie, et premier constat sans appel : on est beaucoup trop grands pour cette tente de Hobbit. Deuxième constat : quand je serai grande et que j’aurai plus d’argent, je dormirai en refuge.
Une fois dérouillés de notre nuit confortable à souhaits, on entame le petit déjeuner 5* à base de porridge… et on met mille ans à le terminer ! On a commencé à discuter avec Mickey, le ranger de la hut, et ça s’est éternisé. Pas bien grave, la deuxième journée n’est pas la plus longue en termes de marche, et le temps est toujours aussi pourri, donc autant profiter et papoter. Mickey nous apprend énormément de choses sur la culture Maorie et les croyances liées à cet endroit si particulier.

Les nuages nous ont fait la grâce de se faire la malle quelques heures, nous laissant entrevoir un bout de ciel bleu : ça fait du bien ! Le paysage est toujours aussi pelé, ça devient presque oppressant. Comme si quelque chose empêchait la nature de prendre ses droits sur ces terres : pas d’animaux, pas de verdure, que de la rocaille. On arrive même a voir le Ngauruhoe entre deux nuages : dur de le louper, il est tout seul, planté là, surplombant un désert de roches volcaniques. Une fois arrivés à la hut pour notre deuxième nuitée, on se rend compte rapidement qu’on va devoir tout lester : un vent à décorner les cocus nous balaie, où qu’on se mette. Le site est magnifique : vue sur le Ruapehu, le Ngauruhoe et sur une cascade sortie tout droit de l’univers de Narnia ! On peut bien passer une nuit pourrie, on se sera au moins régalé les mirettes !

En terme d’activité sur le camp, Lily bouboule passait son après-midi à récupérer, au bout de sa vie musculaire, pendant que Roro lui, se faisait un petit trail dans les cailloux. Demain il portera mon sac tiens, puisqu’il n’en a pas eu assez, non mais #frustrée.

 
 

JOUR 3

ROMAIN : Aujourd’hui, réveil à 4h, fini de rire les paupiettes. La journée est longue, assez exigeante, et surtout on partage le tracé du jour avec les « randonneurs » du Tongariro Alpine Crossing, qui eux arrivent de l’autre côté en bus. On veut absolument éviter le flot de touristes-perches-à-selfie-à-la-queue-leuleu-joyeux-bordel alors on s’active. Le lever de soleil sur un Mt Doom rougeoyant est juste splendide. On profite quand même de ce moment privilégié quelques longs instants avant de prendre le chemin. Coup de cœur des quatre jours.

L’ascension jusqu’au premier lac se fait bien, malgré le fort dénivelé. Encore quelques centaines de mètres et on sera au-dessus des trois Emerald Lakes, pour admirer la vue. AAAH NOOOOOOON ! On voit déjà des gens au sommet ! Les moutons du premier bus du matin sont déjà là ! Cours lily, cours !
La grimpette est difficile, avec un sol très meuble. On a beau être chargés comme des abrutis avec nos sacs, ça n’a pas l’air de déranger les gens en baskets qui descendent et qui ne nous laissent pas vraiment d’espace pour avancer. Tu comprends, il faut faire LA photo. Arrivés en haut, c’est tellement beau ! On fait nous aussi nos photos touristes, il fait beau, on a beaucoup de chance. Puis on se retourne et on voit la ligne continue de gens qui marchent dans notre direction depuis le plateau inférieur. Cours Lily, cours !

Nous voilà littéralement au pied du Mt Doom maintenant. Petite pause miam. Le paysage est lunaire. On en prend plein les yeux. J’avais prévu de faire l’ascension du Mt Doom, ce fameux sommet que Frodon et Sam gravissent à la fin du troisième film du Seigneur des Anneaux pour jeter l’anneau dans la lave.
Je ne sais pas si vous vous souvenez de la scène, mais j’ai concrètement autant galéré qu’eux. 1h20 de grimpettes pour 780m de dénivelé, dans un amas de débris volcaniques hyper glissants, ‘stie que c’était usant !
Là-haut, il y a des gars qui reproduisent la scène du film en jetant un anneau doré dans le cratère. Je me dis qu’après tant d’années, il doit y en avoir pas mal des anneaux au fond de ce cratère…

Le panorama aux alentours est excellent, c’est dingue !

LILY : Marcel, le Ranger de la hut nous a conseillé de nous lever tôt pour profiter du lever de soleil sur le Mont Doom : ça tombe bien, on voulait de toute façon atteindre les cratères si populaires avant l’invasion de touristes arrivant en bus sur le Tongariro Crossing. Pourtant, quand le réveil sonne à 4h, après une nuit à subir les assauts du vent sur la tente, je me demande ce que diable je fous ici. En sortant de la tente, je prends une grosse claque. Le Mont Doom porte un chapeau rosé, une délimitation claire en son sommet, marquée par la lueur du soleil naissant. Spectacle incroyable.

Je pense que je ne me suis jamais préparée aussi vite le matin : je veux tout voir de ce lever de soleil improbable. Le ciel est plus clair que l’eau d’un bénitier avant la messe, et aucun nuage ne menace de gâcher le spectacle. Du rose au orange en passant par le rouge feu, le Mont Doom change de visage un million de fois en l’espace d’une heure. Ces couleurs nouvelles ajoutées à la végétation sèche et rase nous donnent presque l’impression d’être au milieu de la savane. Privilège des premiers levés, on profite de ce moment de grâce dans un silence quasi religieux… c’était incroyable.
La marche qui suit, elle, me donne du fil à retordre. Arrivée sur « la queue du dragon », une crête de roches volcaniques, je suis prise d’une sale crise d’angoisse, déstabilisée par le vide et le vent qui ne cesse pas. Il faudra la patience et les mots de Romain pour avancer jusqu’au sommet. La récompense ne se fait pas attendre et je sèche vite mes larmes en voyant le premier lac. On est presque arrivés. Enfin. Mon petit rêve est à portée de main, et la météo va me permettre de le vivre à fond.

Malgré les premiers randonneurs à la journée qui défilent avec du matériel discutable (non madame, randonner en ballerine ce n’est pas une bonne idée), je prends le temps de me poser et d’arrêter mon flot de pensées au sommet. En surplombant les lacs couleur canard WC et les émanations de gaz, je coche un des éléments de ma bucket list.

La suite de la journée passe si vite… portée par la magie de cette journée, j’en ai presque oublié la marche jusqu’à la dernière hut. La magie qu’on vient de vivre me fait oublier le poids du sac, les courbatures dans les jambes et les centaines de marcheurs qu’on croise à contre-sens. Même le bruit de ces foutus drônes qui bzzz bzzztaient au-dessus de nos têtes n’a aucun effet sur moi.

 

 

Et puis… le moment tant attendu, enfin on atteignait les célèbres cratères.

 
 

A l’assaut du Mont Doom, la montagne du Destin dans le Seigneur des Anneaux.

Un point important concernant le Mt Doom/Ngauruhoe : son sommet est considéré comme un sanctuaire pour les Maoris. De fait, le DOC déconseille son ascension, par respect pour leurs croyances. Si vous souhaitez tout même le tenter, libre à vous, mais veillez à bien respecter les lieux, ne laissez AUCUN déchet (j’ai trouvé un pot de Nutella au sommet…) et évitez les comportements abusifs et lourds pour tout le monde (musiques, etc.). Faites bien attention aux chutes de pierres aussi ; j’ai évité une pierre grosse comme une pastèque qui dégringolait à grande vitesse depuis le sommet (pour ensuite découvrir que c’était des c*ns de touristes qui s’amusaient à les lancer dans la pente depuis le haut… #abrutis).

 

Dernier dodo et coucher de soleil coloré

 
 

JOUR 4

ROMAIN : Dernier jour du parcours ! Un peu cassés mais encore sous le charme de notre journée précédente. On quitte notre dernière hut (Mangatepopo hut) en direction de notre maison sur roues.
Le ciel s’est de nouveau couvert, et on retrouve un peu les mêmes paysages que lors du premier jour : végétation basse, peu de dénivelé, paysages assez monotones. On s’ennuie un peu en vrai. La fin du parcours se passe sans encombre, pas mécontents de se poser enfin après quatre jours de rando !

LILY : Réveil lenteur, réveil douceur : c’est le dernier jour, et le chemin retour s’annonce plutôt facile. Je suis presque triste de me dire que c’est fini, on était bien là, coupés du monde et des bruits de la civilisation.

Finalement le chemin promis facile était un mini parcours du combattant avec des portions pas mal accidentées. Douée comme je suis, j’ai réussi à noyer mes godasses plusieurs fois dans la boue, et laisser un peu de mon ADN dans les ronces jonchant le chemin.

M’en fous. J’ai fait ma première Great Walk. Et c’était magique.

 
 

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Didier

Quelle aventure ce voyage au pays du seigneur.
Nous y sommes presque .
Que ce bout du monde est extraordinairement beau et varié. Toutes les couleurs sont là
Vous permettez à ceux qui ne peuvent voyager de partir ,et à ceux qui peuvent de s y preparer